La fashion week automne-hiver 2026 vient de s’achever et les podiums des quatre capitales de la mode — Paris, Milan, Londres et New York — ont livré leur verdict. Une saison placée sous le signe de la dualité : entre rigueur architecturale et sensualité débridée, entre minimalisme radical et opulence assumée, les créateurs nous invitent à une danse des contraires.

À la tête des maisons, les directeurs artistiques continuent de bousculer les codes. Jonathan Anderson chez Loewe, Anthony Vaccarello chez Saint Laurent, Maria Grazia Chiuri chez Dior, ou encore le nouveau tandem de créateurs aux commandes de Givenchy : chacun a proposé sa vision d’une femme de 2026, complexe, affirmée, résolument moderne. Nous avons passé au crible les collections pour en extraire six tendances majeures qui redéfiniront notre garde-robe automnale. Préparez-vous à prendre des notes.

Le tailoring repensé : entre puissance et décontraction

Le tailleur-pantalon reste le fil conducteur de la saison, mais il se réinvente en profondeur. Cette année, le tailoring oscille entre deux extrêmes en apparence inconciliables. D’un côté, une silhouette ultra-structurée aux épaules carrées et à la taille étranglée, comme un hommage assumé au power dressing des années 1980 revu par le prisme contemporain. De l’autre, un costume fluide, presque liquide, qui glisse sur le corps comme une seconde peau sans jamais le contraindre.

Chez Saint Laurent, Anthony Vaccarello a présenté des tailleurs aux épaules architecturales spectaculaires, portés sur une peau nue ou un simple top en satin, dans un camaïeu de gris et de noir qui évoquait les grandes heures de la maison. La veste se porte désormais sans rien en dessous, ouverte sur un collier doré qui capte la lumière. Cette audace, qui paraissait autrefois réservée aux tapis rouges, descend désormais dans la rue.

À l’opposé du spectre stylistique, la collection de The Row, dirigée par les sœurs Mary-Kate et Ashley Olsen, a proposé des tailleurs en cachemire double-face d’une fluidité presque hypnotique. Des vestes sans col, des pantalons à pinces larges qui effleurent le sol, des manteaux enveloppants que l’on serre sur soi comme un châle : tout respire une décontraction très étudiée, un luxe discret qui ne crie jamais.

Entre ces deux pôles, Bottega Veneta — sous la houlette de Matthieu Blazy — a offert une synthèse magistrale : des vestes structurées en cuir souple, des pantalons en laine qui bougent avec le corps, une palette de bruns, de crèmes et de noirs d’une sophistication absolue. La leçon ? Le tailoring de 2026 se porte comme on le sent, cintré ou fluide, puissant ou décontracté. Il n’y a plus de règles.

Le grand retour du bourgogne

Si une seule couleur devait définir l’automne-hiver 2026, ce serait sans conteste le bourgogne. Ce rouge profond, presque noir dans ses nuances les plus sombres, a envahi les podiums avec une constance rare. Il évoque le vin, les fruits mûrs de l’automne, la chaleur d’un feu de cheminée — une couleur à la fois sensuelle et profonde, infiniment plus subtile que le rouge vif qu’elle détrône cette saison.

Gucci, sous la direction créative de Sabato De Sarno, a bâti une collection presque entière autour de cette teinte. Des manteaux en laine bouillie, des robes en jersey de soie, des sacs en cuir verni, et jusqu’aux collants opaques déclinés dans un dégradé de bordeaux. La silhouette Gucci de l’automne 2026 se porte en total look bourgogne, du col roulé en cachemire fin aux escarpins en daim. Une proposition radicale mais étonnamment portable.

Chez Ferragamo, Maximilian Davis a exploré des nuances plus violacées, un « amarone » profond qu’il a appliqué à des robes du soir en velours dévoré d’une sensualité presque théâtrale. Hermès, fidèle à son esthétique discrète, a préféré un bourgogne presque brun, décliné sur des pièces en cuir — gants longs, sacs Kelly, ceintures — plutôt que sur les vêtements eux-mêmes.

Comment adopter cette tendance sans révolutionner votre garde-robe ? Commencez par les accessoires : un foulard en soie dans les tons grenat, un sac porté croisé en cuir bordeaux, des gants longs façon Hermès. Si l’audace vous vient, osez la robe en maille fine dans un bourgogne profond, portée avec des bottes noires et un minimum de bijoux. La couleur parle d’elle-même.

Les textures à l’honneur : velours, cuir et laine bouillie

La saison automne-hiver 2026 est une célébration du toucher. Les créateurs ont délaissé les imprimés spectaculaires pour concentrer leur attention sur la matière elle-même, explorant les textures avec une sensualité presque obsessionnelle. Sur les podiums, les doigts démangeaient littéralement de pouvoir effleurer ces étoffes qui promettent chaleur et réconfort.

Le velours fait un retour fracassant, bien au-delà de l’éternelle robe de fête. Chez Prada, Miuccia Prada et Raf Simons l’ont taillé en tailleurs-pantalons d’une rigueur quasi monacale, dans des teintes de vert bouteille et de bleu nuit qui absorbaient la lumière des projecteurs. Chez Giorgio Armani, le velours de soie se fait caresse sur des vestes du soir fluides, presque liquides, dans des gris sourds et des bleus glacés.

Le cuir, omniprésent, se porte désormais du matin au soir. Bottega Veneta en a fait sa signature, avec des robes chemises en cuir d’agneau si souple qu’il se froisse comme un coton. Loewe a proposé des pantalons larges en cuir cognac, portés avec des pulls en maille XXL pour un contraste saisissant entre le brut et le doux. Le cuir ne se cantonne plus au blouson : il se fait robe, jupe, pantalon, et même chemisier.

La laine bouillie, enfin, s’impose comme la matière réconfort de la saison. Cette laine dense et chaude, légèrement feutrée, à la texture presque spongieuse, a été travaillée par Miu Miu en cabans cintrés et en jupes trapèze d’une élégance juvénile. Chez Tod’s, elle enveloppe des manteaux ceinturés d’une sobriété toute milanaise. Une matière que l’on portera en total look pour les journées les plus froides, ou en touches — un gilet, un manteau — pour réchauffer une silhouette plus classique.

La maille sculpturale : quand le tricot devient architecture

La maille quitte définitivement le territoire du confort domestique pour devenir un vecteur d’expression artistique à part entière. Les pulls de 2026 ne sont plus de simples pulls : ce sont des sculptures textiles qui jouent avec les volumes, les proportions et les points.

Jonathan Anderson, chez Loewe, a présenté des créations en maille qui défient l’entendement : des robes pull aux manches si larges qu’elles touchent le sol, des cols roulés qui remontent jusqu’aux yeux, des cardigans dont les mailles ont été démesurément agrandies comme observées à la loupe. Une collection conceptuelle, certes, mais dont on retiendra surtout le goût pour la maille oversize et les points texturés.

Chez Loro Piana, temple du cachemire d’exception, la maille se fait plus discrète mais tout aussi précieuse. Des pulls en baby cachemire au point mousse d’une légèreté de plume, des robes en maille côtelée qui suivent le corps comme une seconde peau, des écharpes immenses dans lesquelles on disparaît avec délice. La palette se concentre sur des tons naturels — blanc cassé, beige, gris chiné — qui mettent en valeur la noblesse de la fibre.

La jeune marque française La Fée Maraboutée a proposé une version plus accessible de cette tendance, avec des pulls en maille boule texturés, des cols roulés en laine mérinos aux manches légèrement ballon, et des robes en maille jacquard aux motifs géométriques subtils. La leçon à retenir pour votre dressing ? N’ayez pas peur du volume. Un pull oversize porté sur un jean droit ou une jupe fluide est la silhouette de la saison — confortable, élégante, résolument contemporaine.

Les bottes montantes, stars de l’automne

Impossible d’évoquer les tendances automne-hiver sans parler des chaussures, et cette saison, les projecteurs sont braqués sur un modèle en particulier : la botte montante, celle qui grimpe jusqu’au genou, voire au-delà.

Isabel Marant, dont les bottes sont attendues chaque saison avec une ferveur quasi religieuse par les modeuses du monde entier, a proposé des modèles en daim noir à talons cubains compensés. Une botte de cow-boy urbaine, portée avec des robes courtes en mousseline pour un contraste savamment dosé entre le féminin et le masculin, le brut et le délicat.

Chez Chloé, l’esprit est plus bohème : des cuissardes en cuir souple chocolat, portées sur des collants opaques et sous des robes en mousseline imprimée qui dépassent de quelques centimètres. Une silhouette qui évoque les seventies parisiennes, entre élégance rive gauche et nonchalance cultivée.

Pour celles qui préfèrent les talons plus modestes, Celine a présenté des bottes cavalières plates en cuir noir ciré, à la tige parfaitement droite, qui se glissent sous un pantalon de tailleur comme sous une jupe. Le modèle rappelle les grandes heures de l’équitation, mais porté en ville, il acquiert une élégance presque austère du plus bel effet.

Et pour les plus audacieuses, Balenciaga propose des bottes en résille qui remontent jusqu’en haut de la cuisse, portées comme des collants de grand soir sur des escarpins à bouts pointus. Une proposition extrême, certes, mais qui illustre parfaitement la place centrale qu’occupent les bottes montantes dans le vestiaire de l’automne 2026.

La transparence maîtrisée : dévoiler sans tout montrer

Dernière tendance majeure de cette saison, et peut-être la plus subtile à adopter : la transparence. Loin des robes intégralement transparentes qui firent scandale lors de certaines fashion weeks passées, la transparence de l’automne 2026 se fait stratégique, maîtrisée, presque architecturale.

Chez Dior, Maria Grazia Chiuri a superposé des jupes en tulle de soie transparent sur des shorts en laine, créant un effet de flou poétique qui adoucit la rigueur du tailoring. Les robes du soir se parent de panneaux de mousseline qui laissent deviner les épaules ou le dos, sans jamais dévoiler complètement la peau. Une transparence qui suggère plus qu’elle ne montre, dans la plus pure tradition de l’élégance parisienne.

Valentino, sous la direction créative d’Alessandro Michele, a exploré une transparence plus romantique encore : des robes en dentelle de Calais posées sur des sous-robes en satin chair, des chemisiers en organza de soie portés sur des soutiens-gorge apparents mais couvrants, des capes en tulle brodé qui enveloppent la silhouette d’un halo de mystère.

Pour adopter cette tendance dans la vie quotidienne, commencez par un chemisier en mousseline de soie légèrement transparent, porté sur un body sobre ou un caraco en satin. Ou optez pour une jupe en tulle superposée à une jupe plus courte en maille. La clé de cette tendance ? La transparence fonctionne par contraste : une pièce transparente se porte toujours avec quelque chose de plus opaque à proximité immédiate — sur une autre partie du corps ou en superposition directe.


La mode de l’automne-hiver 2026 est résolument adulte. Elle célèbre la matière, la coupe, la nuance plus que le logo ou le spectaculaire. Elle parle à une femme qui connaît son corps, qui sait ce qui lui va, qui n’a plus besoin de prouver quoi que ce soit par ses vêtements mais qui prend plaisir à se sentir bien habillée.

Que vous soyez adepte du total look bourgogne, du tailoring repensé ou simplement curieuse de glisser une paire de bottes montantes dans votre dressing, cette saison vous offre un terrain d’expérimentation riche et stimulant. À vous de jouer.